Pour beaucoup, la légende urbaine n’est pas un phénomène important. Or, celle-ci peut devenir une histoire vraie et causer de véritables problèmes pour les organisations mais aussi pour leurs clients !

Selon trois articles de presse Radio-Canada, plusieurs seringues usagées et contenant du sang ont été retrouvées dans au moins trois magasins de vêtements de la ville de Sherbrooke au Canada. Des clients et des employés ont été piqués et ont dû effectuer des tests pour savoir s’ils n’avaient pas contracté de maladies (Hépatite, VIH…). Une enquête est en cours pour déterminer l’origine de ces seringues.

Ces faits-divers présentent des ressemblances troublantes avec la célèbre légende urbaine des seringues infectées au VIH que des clients trouveraient dans des salles de cinéma, accompagnées d’un petit mot de type « Bienvenue au Club du Sida ». Des variantes les placent dans les distributeurs de boissons ou encore dans les cabines téléphoniques et même dans les posters de bars gays. Ces légendes circulent au Canada, en France et en Belgique depuis au moins la fin des années quatre-vingt. Elles font écho à d’autres racontant que des drogués nettoient leurs seringues usagées dans les citrons que l’on retrouve dans les supermarchés.

Comment cette légende urbaine a-t-elle bien pu devenir des faits-divers authentiques ?

C’est ce qu’on appelle un cas d’« ostension ». Ce terme désigne les comportements réels d’individus qui imitent le scénario d’une rumeur ou d’une légende urbaine connues. Dans ce cas-ci, la légende de la seringue souillée au VIH a servi de modèle à des criminels qui souhaitaient provoquer les mêmes peurs que celles qui sont produites par le récit, voire à mettre en difficulté certaines organisations. Si des cas d’ostensions étaient connus pour cette légende urbaine dans le passé, ces faits-divers nous prouvent qu’elles inspirent toujours des personnes malveillantes.

Comment différencier un article de presse parlant de vrais crimes et non de légendes urbaines qui n’ont pas été identifiées comme telles par le journaliste ?

Lors de la lecture d’un article de presse, le lecteur trouve des indices d’authenticité du crime décrit, dans le fait que les organisations et la police confirment ce dernier. A contrario, dans le récit d’une légende urbaine, le narrateur aura tendance à dire qu’elles tentent d’étouffer l’affaire pour empêcher la panique ou le scandale, éviter de perdre des clients ou pour continuer l’enquête. Il est probable qu’il s’agisse d’un crime authentique, si l’organisation garde une bonne image dans le récit. C’est le cas ici, puisque les organisations indemnisent leurs clients, ce qui est rarement le cas dans une légende urbaine.

La légende urbaine ne cite que rarement les communiqués officiels car elle informe officieusement pour pallier justement au manque d’informations diffusées par les organisations ou les autorités. La légende urbaine aura également tendance à dramatiser les conséquences du crime. Dans ce cas-ci, l’article précise que les victimes n’ont pas été infectées par le HIV. Enfin, la légende urbaine ne donne que rarement les noms, prénoms des témoins ou victimes, elle préfèrera parler de l’ami d’un ami.

Merci à Sandra Rodriguez d’avoir attiré mon attention sur ces faits.

Source :

Article du 7 mai 2012 de radio-Canada

Article du 23 janvier 2012 de Radio-Canada

Article du 3 mai 2012 de radio-Canada

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