Traditionnellement, les gens placent des signes (fers à cheval, hibou, mezouza, croix, etc.) sur leur maison (prolongement de leur intimité) pour la protéger, et donc se protéger. Rappelons les signes de sang que devaient laisser les Juifs sur leur porte pour ne pas être touchés par une plaie d’Egypte dans l’Ancien Testament.  Mais les signes placés par les autres, ne peuvent être, eux, qu’un signe de malveillance ou de mauvaise augure.

Périodiquement, ressortent des tracts et des mises en garde reprenant de prétendus signes placés par des voleurs repérant une habitation à cambrioler. Ces signes indiqueraient le nombre d’habitants et leur vulnérabilité, la présence d’alarme, le degré de facilité du vol, la présence d’un chien, les valeurs que contiennent l’habitation, etc.

Cette pratique est mentionnée dès le XVe siècle et était attribuée, selon Hans Gross, criminologue, à des incendiaires, des malfaiteurs et des vagabonds. Selon Jean-Bruno Renard, sociologue, et Peter Burger, professeur en communication, les signes ont été partiellement utilisés fin XIXe-début XXe. Cependant, aujourd’hui c’est devenu une légende urbaine.

Revenant cycliquement, cette légende urbaine d’avertissement se sert des préjugés contre les gens du voyage, qui deviennent des boucs émissaires pour parler de la peur des cambriolages, notamment dans les périodes estivales au cours desquelles se pose la question de laisser sa maison sans surveillance. Cette légende permet de rassurer en faisant connaître une pratique de vol tout en proposant des solutions: à la vue de ces signes, soyez vigilants et protégez votre habitation! La vraisemblance de cette histoire est liée au fait qu’il se passe de nombreux cambriolages et que des voleurs surveillent les habitations afin d’évaluer la faisabilité du méfait.  Et pourtant, la police n’a pu trouver aucun lien entre des signes trouvés près de maisons et des vols d’habitation.  Certains signes ont pu être faits par des enfants, des tagueurs, des vendeurs d’alarmes ou de systèmes de sécurité utilisant la peur de la population, ou encore par des plaisantins connaissant le tract et voulant effrayer.

Malgré l’absence de preuves sur les liens entre des signes et des vols depuis le début du XXe Siècle, l’histoire continue de circuler. Et pourtant un voleur aurait aujourd’hui plus facile d’envoyer des informations via son téléphone portable que de laisser des signes qui pourraient être repérés par les habitants et leur faire augmenter leurs comportements de prudence!

N’excluons cependant pas le fameux effet d’ostension qui pourrait amener des délinquants à s’inspirer de la légende pour commettre des faits réels!

Découvrez mon interview sur ce sujet, diffusé dans le JT de 19H30 de La Une ce lundi 24 juin 2013: http://www.rtbf.be/video/emissions/detail_journal-televise-19h30?pid=5 à 10’50 » .

Source: Jean-Bruno Renard, « Le tract sur les signes de reconnaissance utilisés par les cambrioleurs : rumeur et réalité« , in Patrick Tacussel dir, Le réenchantement du monde – La métamorphose contemporaine des systèmes symboliques – Actes du colloque « Sociologies IV-tome II, L’Harmattan coll Mutations et complexité, 1994.

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